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Thème :
    Mariage et parenté

Bibliographie

Lexique
 

Etre rosière

De la vertu des pauvres et de la virginité
de leurs filles

par André Pacher

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    La tradition de la Mothe-Saint-Héray, en Deux-Sèvres, vaut la peine qu'on s'y arrête, car ici on ne couronne pas seulement les Rosières, on les marie. Ce qui constitue, depuis plus de cent soixante-quinze ans, la manière la plus honorable de mettre le point final, à l'état de virginité que l'on est censé honorer.    
   


Sommaire :

Introduction
Qu'est ce qu'une Rosière ?
Charles Benjamin Chameau Le faiseur de Rosières
De 1821 à 1987: trois cent quarante-neuf Rosières
Tableau récapitulatif du nombre de Rosières
"Fallait pas vous mettre en ménage"
Le cadre festif
Le rituel festif de 1996
La Rosière (chanson)

   
   


Les travaux des ethnohistoriens, des ethnosociologues et des ethnologues sont pleins d'enseignement, hélas bien peu enseignés, sur les manières originales de vivre et codifier la sexualité préconjugale en culture populaire.
En tradition paysanne notamment, la recherche du " boune-ami " et de la " boune-amie " avec les " véllàies ", les " balades ", les " assenbllàies " ou les " fraeries ", le "maraîchinage" et le "chanp. lés berjhéres, les " galants de porte ", les " galants de mésuns " (de maison) et puis les noces, sont la trame de la " fréquentalion ".
Le " mariage " est la cérémonie officielle voulue par les autorités, en droit écrit, combinant ou séparant le civil et le religieux. La " noce " traduit la persistance de la fête " païenne " qui remplissait le même office en droit coutumier ancien. Il n'y a point si longtemps en Poitou ces fêtes, de toute une communauté, duraient de trois jours à une semaine.
L'évolution de la vie moderne a plus fait que des siècles de pressions, notamment ecclésiastiques, pour changer cet état de choses. Parmi les moyens déployés par l'Église et " la bonne société " pour changer les comportements, jugés trop libres chez les païens, c'est-à-dire les paysans, il est intéressant de jeter un regard sur les traditions dites des Rosières.

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Qu'est ce qu'une Rosière ?
" Une jeune fille sérieuse censée être vierge " donne le dictionnaire comme définition familière. En fait, ce mot vient de la rose. Il sert à désigner une jeune fille vertueuse à laquelle dans certaines localités, on décernait solennellement une couronne de roses accompagnée d'une récompense en argent (dot, livret de caisse d'épargne, etc.). Qui ne connaît saint Médard, immortalisé par le calendrier et connu dans le peuple sous le nom de Père Pissard, promesse de déluge pour quarante jours plus tard, à moins que saint Barnabé lui coupe le nez. C'est à lui qu'on attribue de surcroît le couronnement de la première Rosière, en l'an 530. Ce qui tente de faire remonter cette nécessité impérieuse à l'aube de la christianisation, mais de toute évidence cela semble peu probable. À cette époque, en effet, les prêtres se mariaient et avaient des enfants. Toutefois, depuis le IVe siècle, une discipline nouvelle voulait qu'ils cessent de cohabiter avec leur femme. Il fallut attendre huit siècles pour que la pratique s'accorde avec la règle, c'est-à-dire au milieu du XVe siècle (encore fallut-il maints rappels à l'ordre jusqu'au XVIe siècle, au concile de Trente). C'est à cette époque qu'on trouve trace des premières Rosières.
C'est sous le bien-aimé Louis le quinzième, usant et abusant de son droit de cuissage, que les dotations destinées à récompenser les jeunes filles vertueuses se multiplient.
Après les désordres révolutionnaires, la Restauration a voulu tout restaurer de l'ordre moral et religieux, et s'est appuyée sur la bourgeoisie triomphante. " Le syndrome antisexuel des sociétés judéo-chrétiennes " écrit Jus Van Ussel (1) " n'est pas issu des dogmes religieux mais plutôt de l'embourgeoisement de la société et des nouveaux rapports humains caractéristiques de la bourgeoisie."
La vertu des jeunes filles, au XXe siècle, est plus que jamais liée à l'exaltation de la virginité dans le culte de Marie. Il fallait donc préserver la virginité des jeunes filles jusqu'au mariage. C'est ainsi que se développent les couronnements des Rosières (2).

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Charles Benjamin Chameau
Le faiseur de Rosières

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Charles-Benjamin Chameau est né à la Mothe-Saint-Héray le 23 avril 1749 d'une famille de bonne bourgeoisie de négoce et de robe ; il fait son droit à Poitiers. Il ne se mariera jamais. Ami intime du vicomte de Carvoisin au château de La Mothe il profite de cette relation pour se faire engager dans la garde de Louis XVI.
Devenu avocat à Paris il vit dans l'aisance. Il confesse n'avoir jamais d'autres opinions que celles des gouvernants du jour, ce qui lui permet de traverser sans dommage la Révolution et l'Empire.
Quelle opinion avait de lui son frère, chanoine de la cathédrale de Poitiers ? Il le déshérite. Il en conçoit de vifs ressentiments, porte plainte en vain et en tombe malade. Le 15 janvier 1816 il dicte son testament. Il déshérite ses neveux pour former un bureau de charité à La Mothe " qui serve à récompenser la vertu des filles de son village natal, à perpétuer sa mémoire ".
Ce célibataire endurci veut que les autres se marient en coopérant " au rétablissement des bonnes mœurs et devoirs religieux ". ll fait légataire universel l'établissement perpétuel de Charles-Benjamin Chameau... Pour le mariage annuel de quatre jeunes filles de la paroisse, dans la classe des plus indigentes et parmi celles qui seront reconnues avoir donné depuis leur première communion le plus de preuves de leurs devoirs envers Dieu, la Patrie, le souverain, leurs parents et l'humanité... Les mariages seront célébrés à l'église par Monsieur le curé de la paroisse.
Or le bienfaiteur sait très bien que La Mothe-Saint-Héray compte pour moitié au moins de familles protestantes ; d'où les protestations élevées affirmant " qu 'il est résulté des abjurations de culte qui paraissent blâmables […] et que faire des catégories entre les pauvres filles du, même pays semble une inconséquence du fondateur ".
Inconséquence ou pas, celui-ci avait conscience de travailler aussi à la restauration religieuse : l'établissement sera géré par six administrateurs (maire et adjoint, curé et vicaire, juge de paix et assistant) et trois dames patronnesses " connues pour être les plus vertueuses et les plus bienfaisantes ".
Il ne survit pas à sa géniale trouvaille et meurt le 10 décembre 1816, à 67 ans.
Louis XVIII autorise la création du bureau de charité, mais réduit de moitié le capital pour consoler les héritiers dépouillés. En signe de gratitude, ceux-ci remettront au bureau de La Mothe un portrait miniature de l'oncle qu'ils ne peuvent plus voir en peinture. ll est cerclé d'or. Suspendu à un collier de cheveux, il sera passé au cou de la première Rosière.
Fixé d'abord en juillet, les mariages auront lieu presque sans interruption début septembre depuis déjà plus de cent soixante quinze ans (a).

André Pacher

(a) Caillon (H.), 1891 : Charles-Benjamin Chameau et les rosières de la Mothe-Saint-Héray. ; La Mothe-Saint-Héray, Guittet

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De 1821 à 1987: trois cent quarante-neuf Rosières
En 1816 est mort le généreux fondateur, Charles-Benjamin Chameau. Le temps de créer le bureau et de tout régler, nous voici en 1821. Tout est prêt pour ouvrir le ban.
Le revenu du capital accumulé depuis cinq ans va permettre de doter, non pas deux Rosières, mais trois. Au lieu des 600 F prévus au testament, les dots seront de 700 F or chacune. Au prix du louis aujourd'hui cela fait près de 20000F actuels. Vous connaissez le dicton très répandu par ici : " A 18 ans lés béles felles se mariant " (les belles filles se marient). Vous connaissez la coutume de coiffer sainte Catherine à 25 ans ; âge considéré comme critique pour trouver époux. Vu sous cet angle, il est intéressant de se pencher sur l'âge des Rosières de La Mothe-Saint-Héray.

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Tableau récapitulatif du nombre de Rosières mariées
 chaque année depuis le début de la coutume

Années de mariage

Nombre de rosières

Années de mariage

Nombre de rosières

Années de mariage

Nombre de rosières

1821 à 1869

3

 

1914 à 1918

0

 

1946

2

 

1807

0

 

1919

3

 

1947

1

 

1871 à 1874

3

 

1920

0

 

1948

2

 

1875

6

 

1921

4

 

1949 à 1953

1

 

1876

3

 

1922

1

 

1954

3

 

1877

1

169e

1923

2

 

1955

2

 

1878 à 1879

3

 

1924 à 1925

1

281e

1956

1

319e

1880 à 1881

2

 

1926

3

 

1957

0

 

1882 à 1887

3

 

1927

0

 

1958

2

 

1888 à 1889

2

 

1928

2

 

1959 à 1960

1

 

1890

1

 

1929

3

 

1961

2

 

1891 à 1899

3

 

1930 à 1932

2

 

1962 à 1965

1

 

1900

2

 

1933

1

 

1966

0

 

1901 à 1904

3

 

1934

2

 

1967 à 1970

1

 

1905

1

244e

1935

0

 

1971

0

 

1906 à 1911

3

 

1936

1

 

1972 à 1987

1

349e

1912

4

 

1937

4

 

 

 

 

1913

3

 

1938 à 1945

0

 

 

 

 

   

 

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L'inventaire des âges des Rosières montre que les quatre premières années une seule est catherinette et que les plus jeunes sont âgées de 19 ans. À partir de 1826 et jusqu'à 1831, on constate un renversement de tendance stupéfiant. Sur les quinze rosières qui passent en fanfare devant le maire et le curé, une seule n'est pas catherinette. Les autres ont 26, 27, 28... et ça monte, 30, 32, 33 ans. À croire, pour se mettre dans l'esprit de l'époque, que le comité des administrateurs soit ne trouvait personne de plus jeune après cinq années de ratissage, soit voulait véritablement faire oeuvre de charité envers les laissées pour compte, soit voulait prouver à la face du monde qu'en matière de virginité, les filles du pays étaient éduquées pour battre des records de durée.
Record battu dès 1832 avec une Rosière de 36 ans ! C'est que dès 1824 le bureau avait peut-être jugé que demeurer vierge au-dessous de 25 ans était peu méritoire. Il avait délibéré pour renforcer la surveillance afin de s'assurer que le contrat était bien rempli. Nulle ne pourra être candidate si elle ne réside dans la localité depuis un an au moins, afin qu'elle ne puisse échapper à l'œil précautionneux des dames patronnesses. On assiste en tout cas à un sauve-qui-peut stupéfiant de la jeunesse.
Les centenaires célibataires commençaient peut-être à se mettre sur les rangs lorsque la rumeur publique se mit à ricaner. M. Jules Richard, candidat d'opposition à la mairie sans doute, écrivit tout clair ce que d'aucuns murmuraient sous cape : " Tous les choix n'ont pas été heureux et la malignité publique cite des élues qui n'étaient point dignes de porter la robe blanche. "
Par délibération du 27 mai 1836 le bureau fixe la limite d'âge à 30 ans ; ce qui reste un bel exploit. Quoi qu'il en soit la tendance à la vertu prolongée se poursuit jusqu'en 1868. Malgré un léger rajeunissement, la tradition se heurte aux années de guerre. En 1870, elle est interrompue pour la première fois. En 1875, les six élues prônent comme une compensation des mauvaises années. Elles seront, en fait, l'amorce de la décroissance du nombre des mariages.
A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le capital du legs universel a définitivement fondu. C'est le contribuable qui doit payer la dot. On essaye de conserver la fête, plus que centenaire, avec une Rosière par an. Dans les années 70, la dot allouée par la mairie était tombée à 2000F (3). Trouver une fille qui se dévoue pour continuer la tradition devient un exploit. Bon an mal an, il s'en trouve ; même aujourd'hui où les jeunes acceptent de moins en moins le mariage et les catholiques pratiquants se raréfient.
Il faut donc en appeler, pourquoi pas à des couples libres, désirant se marier après avoir vécu ensemble. La tâche du bureau est moins le contrôle de la virginité que la recherche d'une volontaire. La charité à l'envers en somme pour garder au pays une tradition dont la disparition serait ressentie comme un vide, un peu une mort.
Alors la liberté a gagné. Charles-Benjamin Chameau a perdu son pouvoir avec son or - c'est très moral au fond - et tant qu'il y aura une mariée, chacun la trouvera belle, elle s'appellera la Rosière.

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" Fallait pas vous mettre en ménage "

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Au cours des dernières décennies, les mentalités ont quelque peu évolué et se sont adaptées au modèle social dominant. On se marie très peu mais on vit ensemble. La tradition des Rosières, à La-Mothe-Saint-Héray, doit aussi s'accommoder de cet état de fait ; sa pérennité en dépend.
Conscients de l'enracinement de la coutume, plutôt que de transgresser les volontés testamentaires, les jeunes préfèrent renoncer à s'y impliquer, d'où une désaffection évidente que le comité des Rosières et la municipalité devront résoudre expressément. La recherche des prochaines Rosières, puisqu'il n'y a pratiquement plus de candidature spontanée, s'avère une tâche plutôt complexe au regard de la morale instituée par C.-B. Chameau et la réalité sociale.

Jean-Louis Neveu

" On essaye de rester dans le contexte du testament "
" On a été chez M... avec M. le Maire. Elle ne l'a pas dit ouvertement [qu'elle vivait avec un garçon] mais sa mère, après, m'a dit : " Moi aussi, ça m'aurait gêné, parce qu'ils vivaient ensemble." C'était pas dans le pays mais y avait des voisines, et en sortant de chez ses parents, y a une dame qui me dit : " Ah ! bé, c'est pas que vous allez la mettre Rosière ? lls vivent ensemble depuis deux ou trois mois."
Voilà les réflexions des anciennes personnes...
[…] Comme dans le pays y a encore des anciennes personnes qu'ont vécu ce temps... alors ça fait quand même un coup pour les vieux. Ça leur fait dire des trucs comme ça.
" (b)

La conscience
" Une petite fille qui serait à la mode et qui vivrait avec un jeune homme, je ne crois pas qu'elle aurait l'idée de se mettre Rosière.
[Par exemple] S..., on l'avait pressentie mais elle n'a pas voulu accepter parce qu'elle s'était déjà mise avec son futur trois ou quatre mois à l'avance. Alors elle dit : " Moi je ne veux pas... Je ne peux pas être Rosière parce que tout le monde dira : elle est déjà..."
Elle s'y serait mise mais... C'est ce que je lui ai dit : " Tu as été complètement ridicule... " Elle s'était mise en ménage au mois de mai et les Rosières c'était en septembre. Je lui ai dit : " Tu aurais pu attendre..." Ça lui aurait fait plaisir mais il faut dire que le fiancé, ça ne lui disait rien. Mais quand il a vu, au mois de septembre, qu'il n'y en avait pas, il s'y serait mis, mais pour l'argent [...]
" Fallait pas vous mettre en ménage. ""
(b)

La crise de 1993
En 1993 on a vu les contradictions et les doutes des dames patronnesses qui, pour certaines ont démissionné, après le choix d'une Rosière qui vivait depuis plus d'un an avec son futur rosier. Les journalistes ont pu s'exprimer, enregistrer les avis des uns et des autres, y compris ceux d'une ministre, Ségolène Royal, qui affirmait " il faut que les traditions évoluent avec les mœurs ". Dernier point parfaitement intangible, l'appartenance à la religion catholique. En 1954, le Doyen de La Mothe-Saint-Héray et l'Évêque de Poitiers, comme en 1913, rappelaient qu'on ne peut doter une rosière et son époux s'ils ne sont pas catholiques, ce qui n'est pas sans conséquence en Pays pèlebois où coexistent plusieurs communautés religieuses dont un fort noyau protestant calviniste […] Les 2 500 F du comité des fêtes et l'appareil ménager offert par les conseillers municipaux révèlent une démarche plus sociale que promotionnelle. Ces gestes sont, de toute façon, des marques d'intégration sociale. Le maire de la Mothe-Saint-Héray, M. Jacques Massé, en pleine crise de la désignation de la Rosière, en 1993, déclarait " il s'agit avant tout d'aider un jeune ménage à démarrer dans la vie. Le jeune couple est très méritant, il est de la Mothe et peut être marié à l'Eglise ". (c)

(b) Témoignages recueillis par Maryvonne Barillot auprès de Mme… Dame patronnesse, La Mothe-Saint-Héray, 1987.

(c) Bourdu (D.), 1999 : La Rosière et le " Bossu mothais ". Renouveau festif et traditions à la Mothe-Saint-Héray, Aguiaine, n°210, janv-fév, pp.8-10.
Voir également Massol (FL. de), 1995 : Le testament de Benjamin Chameau ; Imagine production France, coll. Destinations, 30mn.

   


 

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Le cadre festif Scottish "Connaissez-vous la Rosière", Amicie Pilot, Ayron (86), 1973 (fonds Gens de Cherves)
Concernant le parcours festif, les usages se sont fixés autour de ceux d'une sorte de fête des fleurs et de divertissement " folklorique " tout à la fois. Depuis 1991, les chars fleuris, qui demandent un travail considérable, naissent des efforts concertés entre les communes et les associations, comme s'en félicite le président du comité des fêtes, M. Gilbert Pourrageau. L'accueil d'un groupe de danse et de musique " d'ailleurs " dans les familles du Mothais est conçu comme un enrichissement à la vie sociale et culturelle de la petite ville. Le groupe apporte un relief musical et un brin de " métissage " à la fête et aux rues de la Mothe-Saint-Héray. C'est un lointain écho au lustre musical voulu dès les années 1890. À cette époque, L. Giraudias et M. Picard n'avaient pas hésité à écrire chacun une marche des Rosières. Le bal reste une réjouissance presque intemporelle qui fait, hier comme aujourd'hui, se rencontrer et se distraire une part non négligeable de la population locale. Seuls les rythmes et les musiques suivent la mode ainsi que les rôles respectifs des générations et des garants de l'ordre et du contrôle social. Il est certain que les jeunes filles de la fin du XIXe siècle n'avaient pas la même liberté que leurs arrière-petites-filles. (4)

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Le rituel festif de 1996

Retraite aux flambeaux
Le point de départ de ce long week-end aura lieu à 16 heures dans le bureau du maire de la commune, Jacques Massé. Là, les futurs époux, Élizabeth Bonnin, 25 ans et Sébastien Rivault, 22 ans, signeront le livre des Rosières et leur contrat de mariage.
Le soir, dès 21h30, une retraite aux flambeaux accompagnée de quatre chars partira de l'Orangerie en direction de la Mairie. Les futurs mariés apparaîtront alors au balcon de celle-ci, sous lequel la fanfare de Celles et l'Harmonie de Lezay feront l'aubade à la Rosière. Un feu d'artifice sera ensuite tiré du parking du moulin du Pont l'Abbé, et les jeunes pourront aller guincher au bal disco organisé sous les Halles.

Le collier de M. Chameau
Samedi sera le grand jour pour la Rosière. Il débutera à14h30. Au départ de l'Orangerie, le cortège familial traversera le bourg. La Rosière sera aux bras de son père jusqu 'à la Maison des Rosières. À l'intérieur, la première dame patronnesse lui remettra le collier de Benjamin Chameau.
À 15 heures, le traditionnel cortège folklorique se formera derrière la Rosière, le maire, les trois adjoints, les trois dames patronnesses, le président du comité des fêtes et la famille de la jeune femme. Le cortège parvenu à la mairie afin de procéder, à 15h30, au mariage civil, suivra le mariage religieux dans l'église de la Mothe.

Une Rosière bien dotée
Le maire conduira ensuite les deux époux au balcon de la Maison des Rosières. Le percepteur remettra à la jeune mariée la dot de 10 000 F. Et elle recevra également 2 500 F du comité des fêtes. Pendant ce temps, après 17 heures, un groupe folklorique russe jouera aux terrasses des cafés, jusqu'à 21 heures, lorsque commencera le dîner dansant suivi du bal.
Le lendemain, une course pédestre aura lieu le matin. La cavalcade partira à 14 heures ; elle comprendra une dizaine de chars, accompagnés des groupes folkloriques russes et bretons, de l'Harmonie de Lezay... et de la Rosière dans son " carrosse " [...]

(d) Article de Ch. G. dans le Courrier de l'Ouest du 29 août 1996, cité dans Bourdu 1999, op.cit.

   
   

 

(1) Van Ussel (J.), 1971 : Histoire de la répression sexuelle, Paris, Laffont.

(2) À Thouars (79), c'est an 1809, pour l'anniversaire de Napoléon, qu'il est fait mention pour la première fois de Rosière. La dernière Rosière thouarsaise semble avoir été Mlle R... en 1937. (Le mariage autrefois et aujourd'hui, foyer rural de Saint Loup-Lamairé 1981, pp. 81-84.)
A Saint-Romain-de-Benet (17)...

(3) En 1987 la dot de la Rosière se répartissait de la façon suivante :
Comité des Rosières : 6500 F
Comité des fêtes : 2000 F
Banque Crédit agricole : un compte, un voyage
Banque Crédit mutuel : un compte
Forains :1 000 F
Municipalité : Appareil ménager (réfrigérateur...)

(4) Bourdu 1999, p.10, op.cit.

   
   

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Texte tiré principalement de Morin (N.) et Neveu (J.-L.), 1988 : Les amours dans la tradition ; Vouillé, UPCP/ Geste paysanne, collection La Boulite, 127p. (pp.52-59)

La Rosière

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Habitants de ce beau pays,
Pardonnez si, dans mon délire,
A l'éclat de ce jour j'unis
Les faibles accords de ma lyre ;
S'il faut célébrer la vertu,
Ma muse alors se désespère ;
Et pour lui payer mon tribut
J'ai voulu chanter la Rosière. (bis)

Un de nos bons concitoyens,
Pour encourager la sagesse,
Vous a fait don de tous ses biens ;
Sachez mériter sa tendresse ;
Pour être digne de ce prix,
Marchez toujours sous les bannières,
Et que bientôt notre pays
ne possède que des Rosières. (bis)

Ayant bien couru les hasards,
Et bien défendu sa patrie,
Un des vaillants enfants de Mars
Reviendra près de son amie ;
Il sera bien doux pour son cœur,
Terminant sa noble carrière,
D'unir à l'étoile d'honneur
La couronne d'une Rosière. (bis)

A vos enfants sur vos genoux
De ce jour en disant l'histoire,
Pour vous, sans-doute, il sera doux
De leur parler de votre gloire ;
Dites leur bien que du bonheur
Les vertus sont source première,
Et que la coupe du malheur
N'atteint jamais une Rosière. (bis)

Chanson composée vraisemblablement à la fin du XIXe siècle.
Document imprimé appartenant à Mme Garrault.

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